Un emploi sur 2 menacé de disparition d’ici 20 ans

Ce site rapporte régulièrement les avancées de la robotique et tous les jours nous constatons que des machines montent en compétence. Jusqu’à quel point ? Perdra-t-on un jour notre emploi à cause d’une machine ?

Cet article se base assez largement sur l’article « The Future Of Employment : How Susceptible Are Jobs To Computerisation ? » publié en Septembre 2013 par 2 économistes d’Oxford Carl Benedikt Frey et Michel A.Osborne. Ce travail fait assez largement référence et vous le verrez ressortir à intervalle régulier dans les médias.

Quelles sont les limites à la robotisation ?

En 2003 les économistes Autor, Levy et Murnane avait proposé une matrice assez intéressante pour classer les professions selon 2 axes : le caractère routinier et la nature manuelle ou cognitive du travail. Ils donnaient les exemples suivants dans leur article :

Matrice emploi Autor & co

Les auteurs notaient que l’informatisation apporte un support précieux aux tâches intellectuelles non répétitives (avocats, médecins …), tâches jusqu’à maintenant remplies par ce qu’on appelle couramment  les « petits métiers ».

Historiquement on a essentiellement automatisé les tâches routinières que ce soit au travers de chaines de production robotisées, de distributeurs automatiques ou d’interface de gestion en ligne pour les banques, d’Excel ou des systèmes de gestions d’entreprise type Oracle ou SAP.

10 ans plus tard, des progrès considérable ont été réalisés notamment dans le domaine du machine learning (capacité des machines à raffiner leur procédure et à reconnaître leur environnement de manière autonome) et de la robotique avancée. Le Boston Consulting Group illustre ces progrès à travers une autre matrice ci-dessous.

The Shifting Economics Of Global Manufacturing (Fev 15) - BCG

The Shifting Economics Of Global Manufacturing (Fev 15) – BCG

En 2003, la robotique était cantonnée à la zone en vert sombre sur l’image. Dans une environnement contrôlé, c’est à dire sans aucune variation comme une usine qui produit des pièces standardisée, on savait automatiser une tâche immuable.

Aujourd’hui on sait manipuler des objets de taille et de consistance différente. De plus on peut analyser l’environnement pour déterminer la position exacte de l’objet, si celui-ci est renversé ou simplement 5 cm à droite, la machine sait quand même le saisir.

Les consultants ont regroupé sous l’étiquette « Develops logic » la capacité à faire preuve de créativité où de résoudre un problème.

« Applies logics » désigne la possibilité de prendre une décision à propos de la tâche à effectuer : s’arrêter car un homme est à proximité et pourrait être blessé par exemple.

Les professions menacées de chômage technologique

Fort de ce constat, les chercheurs d’Oxford vont suivre la méthodologie suivante :

  • A partir des données de l’ANPE américaine (l’American Job Center) ils identifient les compétences requises pour 702 types de poste
  • Pour chaque poste ils vont déterminer la probabilité d’automatisation
  • Ils vont appliquer ces résultats à la structure de l’emploi aux Etats-Unis.

La conclusion est sans appel, pas moins de 47% des jobs sont menacés (probabilité supérieure à 75%) par les robots d’ici 10 à 20 ans.

De manière visuelle voici le résultat de leur travail, par famille de métier :
Probabilités de chômage technologique d'après Frey et Osborne

Les emplois du transport et de la logistique, les fonctions supports parmi les emplois de bureau et enfin les emplois manufacturiers sont directement menacés. Compte tenu des progrès des robots à évoluer dans un environnement instable, les emplois de services peu qualifiés, les métiers de la construction et les vendeurs de type caissiers ou guichetiers sont également concernés.

A l’opposé du spectre, les métiers qui requièrent des interactions complexes avec les autres (comme du soin aux personnes, ou de la maintenance), de la négociation et de la persuasion ou encore de faire preuve d’originalité sont pour l’instant préservés.

Vous pouvez consulter les probabilités métiers par métiers à cette adresse.

Les équilibres macro-économiques vont être bouleversés

Cette prévision inquiétante ne comporte pas que des désavantages, au contraire :

  • Les robots ne fatiguent pas et ne souffrent pas de baisse d’attention, ce qui réduit les risques d’accidents.
  • Les algorithmes ne prennent pas de décisions biaisées. En 2011 une équipe de chercheurs israéliens (Danziger, Levav et Avnaim-Pesso) a mis en évidence que les juges (du moins l’échantillon étudié) étaient beaucoup plus susceptibles d’accorder un jugement favorable au retour de la pause déjeuner !
  • Les systèmes informatiques peuvent jongler avec une quantité de données inaccessible à n’importe quel être humain. Ainsi le superordinateur Watson d’IBM s’appuie sur 1,5 millions de dossiers médicaux et 2 millions de pages d’articles scientifiques pour établir des diagnostics.
  • Les machines peuvent atteindre un degré de précision inédit comme les robots médicaux.

Cependant, la masse d’emploi qui risque de disparaître est proprement énorme. Les historiens répondront que la quasi totalité de la population était occupée aux champs il y a quelques siècles contre seulement quelques % aujourd’hui. On sait également depuis Schumpeter et son concept de destruction créatrice que l’emploi est une donnée qui progresse de façon tout sauf linéaire.

Il « reste » donc à inventer de nouveaux métiers et de nouvelles activités. Je pense personnellement qu’au global cette évolution sera un bienfait, elle abaissera le coûts de nombreux biens et services et libérera de nombreuses personnes d’emplois répétitifs et pénibles. En revanche, accompagner les hordes de chômeurs vers de nouveaux horizons s’annonce comme un redoutable défi politique pour les années à venir.

D’autant plus que ce sont les emplois les plus fragiles, les moins payés et les moins qualifiés qui seront les plus touchés.

Probabilité de chômage technologique par niveau d'étude d'après Frey et Osborne

Probabilité de disparition de l’emploi selon le salaire moyen et la part de diplômés universitaires dans chaque profession – Université d’Oxford

Pour recentrer sur le cas de la France, le cabinet de consulting Roland Berger a appliqué la méthodologie précédente à l’économie française, cette fois ce sont 42% des emplois qui sont fortement menacés par l’automatisation.

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