Résumé : Martin Ford – Rise of the robots

Martin Ford - Twitter

Martin Ford – Twitter

Martin Ford est le patron d’un éditeur de logiciel basé dans la Silicon Valley. Il soutenait dès 2009 dans un premier livre que l’automatisation à venir allait largement décimer le marché de l’emploi.

Il revient sur le sujet dans Rise Of The Robots paru en Mai 2015 qui a reçu un accueil très favorable de la presse économique américaine.

Ford tire l’essentiel de ses exemples de la situation aux Etats-Unis.

 

 

 

Vous trouverez ci-dessous mes notes de lectures sur les 8 premiers chapitres. Pour les personnes pressées, on peut résumer sa thèse de la manière suivante :

  • L’ensemble des nouvelles technologies permises par l’informatique moderne (apprentissage profond, Big Data, robotique …) vont continuer à se développer à un rythme soutenu
  • Une très large part des emplois va disparaitre, qu’ils soient qualifiés ou non qualifiés, dans l’agriculture, l’industrie ou les services.
  • Les nouvelles industries à venir exploitent déjà pleinement les outils d’automatisation disponibles et ne créeront jamais assez d’emploi pour compenser.
  • Il y a donc une très forte pression sur les emplois et sur les salaires qui va s’appliquer sur une part importante de la population
  • Parallèlement les prix de l’enseignement supérieur et de la santé sont à des niveaux historiquement élevés et malgré nos nouveaux outils technologiques on voit mal comment les faire baisser à court terme
  • Une telle disparition de l’emploi va largement amputer la demande générale de l’économie et faire encore progresser le niveau des inégalités ce qui limite la croissance à long terme.
  • Martin Ford préconise la mise en place d’un revenu universel.

Chapitre 1 – La grande vague de l’automatisation

Les machines cessent d’être des outils qui augmentent la productivité des travailleurs, elles deviennent des travailleurs à part entière.

Dans le passé l’automatisation était relativement spécialisée et touchait un secteur à la fois (les filatures, les forges, l’agriculture …). Aujourd’hui la robotique est parvenu à un niveau de développement suffisant pour se généraliser à toutes les industries.

La robotisation ne touchera pas seulement les métiers routiniers ou non qualifiés. Une règle plus juste : peut-on apprendre un métier en étudiant l’historique des actions réalisées sur les 2 ou 3 années précédentes ? Si oui, alors ce métier sera vraisemblablement automatisé.

Pourquoi une telle explosion ?

Désormais les robots sont versatiles, se développent dans les usines des robots dit collaboratifs dotés de capacités générales. Ils peuvent être entrainés relativement simplement pour effectuer une tâche, puis en changer au besoin.

Pour la partie hardware : les prix des composants se sont effondrés et les livraisons de robots industriels s’envolent dans le monde.

Pour la partie software : des standards industriels open-source existent déjà comme le Robot Operating System développé par Willow Garage Inc. pour les robots ou encore TensorFlow, le langage de programmation de Google pour les applications d’apprentissage profond. Toutes les conditions sont réunies pour que les applications logicielles se démultiplient de la même façon que les applications pour smartphone se sont développés.

Autre phénomène à l’œuvre : l’informatique dématérialisée (cloud computing). La puissance de calcul n’est plus embarquée dans des puces. On y accède en se connectant à distance à un serveur. Cela permet de construire des robots simples avec énormément de fonctionnalité.

Les services, gros pourvoyeurs d’emploi non qualifiés sont concernés

Le plus gros employeur c’est le secteur de la distribution (le commerce). Considérons les 3 points suivants :

  • Les magasins traditionnels (brick and mortar retail) se sont fait tailler des croupières par les vendeurs en ligne (Amazon, Netflix, Alibaba …). Hors ces modèles fonctionnent sans vendeurs, sans mise en rayon et sans caissiers : tout est une affaire de logistique. Or la logistique est en pointe dans l’automatisation.
  • Les automates de ventes se multiplient (ex : supermarché, MacDonalds …). Certes il faut des techniciens pour les maintenir mais infiniment moins qu’il ne fallait de caissiers avant. Ex du livre : RedBox est une entreprises qui loue des films à travers des kiosques automatiques semblables à des distributeurs de boisson. Les 189 kiosques de Chicago demandent 7 personnes à temps plein pour la maintenance.
  • On introduit dans les magasins traditionnels des robots pour faire la mise en rayon.

L’auteur évoque également l’impact sur la restauration, ou l’agriculture par exemple.

Les emplois peu qualifiés sont donc largement menacés sachant qu’ils représentent l’immense majorité des emplois crées aux Etats-Unis depuis la crise.

Si les emplois non qualifiés disparaissent est-on en mesure de créer assez de job qualifiés pour contrebalancer la tendance ?

Chapitre 2 – Est-ce vraiment différent cette fois ci ?

Martin Ford relève que dès l’après-guerre on s’inquiétait de l’impact de l’automatisation sur l’emploi. Il en cite de nombreuses traces notamment le rapport La Triple Révolution remis à Lyndon Johnson en 1964.

Cependant, les technologies de l’information dont on dispose aujourd’hui vont avoir un effet beaucoup plus transformant que tout ce qu’on a connu par le passé. Voyons les 7 tendances suivantes :

  • Les salaires ajustés de l’inflation stagnent aux Etats-Unis depuis 1973. Il y a un découplage entre gains de productivité et salaires
  • Les profits des entreprises ont très vite retrouvé leur niveau pré-crise des subprimes. La part des salaires dans le revenu national diminue.
  • Le taux de participation de la population active, soit la part de la population en âge de travailler en activité, est en baisse depuis les années 1990 et ce corrigé de l’effet de l’allongement des études et du départ à la retraite des baby-boomers. En réalité, c’est le cas depuis 1950 pour les hommes mais l’entrée des femmes sur le marché du travail a compensé le phénomène.
  • L’économie américaine ne créé plus assez d’emploi pour absorber la croissance démographique ce qui participe au développement du chômage de longue durée
  • Les inégalités de revenus s’aggravent (voir travaux de Saez et Piketty)
  • Le taux de chômage des jeunes en sortie d’université augmente alors que le salaire en début de carrière diminue
  • Il y a une polarisation du marché de l’emploi avec une augmentation des emplois peu qualifiés et un recours accru au temps partiel

Ford emploi une formule parlante : l’âge d’or est derrière nous.

  • En 2013 un ouvrier gagnait 13% de moins qu’en 1973 une fois l’inflation prise en compte alors que la productivité a augmenté de 107% et les coûts de l’immobilier, de l’éducation et de la santé ont explosé.
  • Entre 2000 et 2010 les US n’ont créé aucun emploi nouveaux (toutes les décennies de l’après guerre même en 70 avait dépassé les 20%)
  • Les inégalités de revenus sont les plus élevées depuis les années 20, signe que les gains de productivité sont capturés par les investisseurs et les managers

La mondialisation est dédouanée : la part de l’industrie manufacturière dans l’emploi a fortement baissé. L’essentiel de la consommation et des emplois se trouvent dans les services en majorité non délocalisables.

Pour Ford, c’est la technologie qui est la cause première de ce diagnostic. Et la situation va continuer à  s’aggraver à mesure des progrès technologiques réalisés, peut-être jusqu’à amener nos systèmes sociaux à la rupture.

Chapitre 3 – Les technologies digitales : une force de disruption sans précédent

Une croissance des performances inédite

Le moteur des technologies digitales c’est la puissance informatique qui a évolué de manière exponentielle depuis plusieurs décennies selon la célèbre loi de Moore.

Cette croissance ininterrompue des performances est assez inédite dans l’histoire. Généralement on observe des phases d’accélération brutale suivi d’un long plateau avant une nouvelle phase d’accélération. Si on représente le progrès comme une courbe, elle aurait vraisemblablement une forme de S.

Dans le cas présent on reste dans une phase d’accélération perpétuelle.

De plus la technologie digitale est une general-purpose technologie au même titre que la vapeur ou l’électricité : elle touche tous les secteurs.

La fin de l’avantage comparatif

Le problème du digital c’est qu’il vient remettre en cause un principe économique vieux comme le monde : l’avantage comparatif cher à Ricardo.

Ex : Jane est un neurochirurgien exceptionnel et une très bonne cuisinière, Tom ne connaît rien à la médecine mais se débrouille pas mal en cuisine, sans toutefois rivaliser avec Jane. La théorie économie nous dit que bien que Jane soit meilleure que Tom dans les 2 domaines elle a tout de même intérêt à embaucher Tom comme cuisinier pour consacrer tout son temps à sa compétence de prédilection : la médecine.

Mettons désormais que Jane soit un système informatique. Ses compétences peuvent être dupliquées et répliquées pour un cout marginal quasi-nul. Le digital permet d’encapsuler des compétences et même une forme d’intelligence dans un système très facile à reproduire. Tom n’a plus d’opportunités puisqu’on peut dupliquer Jane à volonté.

Chapitre 4 – Les cols blancs en danger

Ford revient sur le progrès des algorithmes, du Big Data et de l’apprentissage automatique qui sont aujourd’hui capables d’effectuer des taches de journaliste, d’analyste ou de service client (avec le support par messagerie informatique).

Un exemple parmi d’autres du livre : la start-up WorkFusion propose une solution logicielle capable de gérer un projet de A à Z, de générer un planning, de recruter des indépendants sur des sites comme Elance ou Craigslist (équivalent du Bon Coin aux Etats-Unis), de gérer et d’évaluer leur travail.

L’auteur revient aussi sur les progrès de Watson d’IBM dans la compréhension des subtilités du langage et sa capacité à exploiter une vase base de données culturelle.

On cite aussi les travaux de 2 chercheurs du Creative Machine Labs à l’Université Cornell qui ont mis au point un système capable de mettre au point de manière indépendante des équations physiques ( )

Baptisé Eureka, ce programme est disponible en ligne pour tous les chercheurs du monde depuis 2009 et est commercialisé comme outil d’analyse Big Data par Nutonian Inc. Depuis 2011.

Il existe aujourd’hui de nombreux exemples de programmes qui ont généré des morceaux de musiques ou des images. Certes ils procèdent par recombinaison d’une large base de données existante, mais le résultat est suffisant réussi pour concurrencer une majorité de créatifs moyens.

Enfin, Ford rappelle qu’une majorité des opérations boursières dans le monde est aujourd’hui passée par des machines (Flash Trading).

Les emplois des cols blancs sont autant menacés que les petits métiers.

Il y a un vrai risque que ne subsiste que des emplois très fortement qualifiés et des emplois tout en bas de la chaine avec une réelle disparition des corps intermédiaires.

Chapitre 5 – Transformer l’éducation supérieur

On va vu pour l’instant que la technologie supprime des emplois et fait pression sur les salaires. Dans le chapitre 5 et 6, Ford se demande si elle est à même de faire baisser les coûts dans l’enseignement et la santé, deux postes de dépenses qui ont explosé aux Etats-Unis depuis quelques années.

L’éducation s’est pour l’instant largement tenue à part de la révolution numérique.

Les prémices d’un démarrage se trouvent dans les MOOC (Massive Open Online Course) qui apparaissent durant l’été 2011. Aujourd’hui des plateformes existent mais l’engouement est largement surfait. Les statistiques montrent qu’une très faible part des inscrits suit les formations à leur terme.

Cependant sur le papier l’idée est séduisante : les meilleurs professeurs au monde accessibles partout sur le globe pour une fraction du coût de l’université aux US.

La question principale est : les entreprises vont-elles reconnaître les MOOC comme des diplômes valides ?

Supposons que cela finisse par arriver. Quel avenir alors pour les universités moyennes ? Il y a 2,000 universités postgraduate (en 4 ans) aux Etats-Unis, 4,000 en incluant les undergraduate (en 2 ans). Seul 300 maximum sont vraiment sélectives. Quel sera l’avenir des autres si les étudiants peuvent suivre à distance les cours de Harvard ou Standford et obtenir des crédits pour une fraction du coût ?

Les universités d’élite aux Etats-Unis mettent déjà gratuitement leurs cours sur Internet. C’est donc que leur business est de délivrer des certifications et pas des connaissances. Or une certification n’a de valeur que par sa rareté. Il est donc peu probable que les universités prestigieuses soient en pointe sur ce sujet.

C’est des grandes universités publiques juste derrière l’élite que viendra probablement le coup, celles avec une bonne réputation académique, un large réseau d’ancien et une marque célèbre (notamment à travers le sport universitaire). Face à la baisse des dotations publiques elles auront besoin de fonds.

La digitalisation de l’éducation est à double tranchant : pourrait permettre de diminuer le cout de l’éducation mais d’un autre coté supprimera des emplois dans un secteur fortement pourvoyeur.

Cependant, il y a urgence à introduire de l’innovation dans le modèle d’enseignement supérieur aux Etats-Unis. Entre 1985 et 2013, les frais d’inscription à l’université ont augmenté de 538% alors que l’inflation grimpait de 121%. 70% des étudiants empruntent pour leurs études, en moyenne $30,000.

Chapitre 6 – Le défi de la santé

En 1960, les dépenses de santé représentaient 6% du PIB US, en 2013 18%. Et cela ne va pas s’arrête avec l’allongement des durées de vie moyenne.

On a vu que les nouvelles technologies faisaient pression sur l’emploi et les salaires. Comment pourraient-elles parallèlement faire baisser le coût de la santé ?

Une intelligence artificielle pour diagnostiquer

On mise aujourd’hui beaucoup sur l’apport de l’intelligence artificielle dans la médecine. On en est encore aux balbutiements mais on espère à terme pouvoir concevoir un système capable d’apporter une opinion extérieur de grande qualité sur les décisions des médecins.

Si l’IA démontre sa capacité à émettre un diagnostic précis alors l’auteur imagine une nouvelle profession médicale formée niveau master et chargé d’assurer la bonne interface entre l’IA et le patient. Ces nouveaux généralistes pourraient prendre en charge les afflictions de routine et être déployés largement pour détecter précocement des pathologies comme l’obésité ou le diabète.

Dans un contexte américain un tel système pourrait aussi éventuellement servir à couvrir les décisions des médecins. Un des facteurs de l’inflation des coûts médicaux c’est la sur prescription d’examens quasi inutiles. Ils servent uniquement aux médecins à se couvrir si jamais le patient les attaque plus tard pour faute professionnelle.

D’autres applications médicales

Comme on en avait parlé ici la radiologie moderne s’appuie largement sur des techniques de reconnaissance d’image automatique.

De même des entreprises de robotique sont déjà largement implantées dans les hôpitaux pour gérer la pharmacie, la logistique ou la chirurgie.

Autre domaine énorme : le soin aux personnes agées. Le Japon est en pointe sur ce sujet. Cependant à court et moyen terme on voit difficilement des robots remplacer intégralement les aides-soignantes.

Les projets sur les aboutis aujourd’hui concernent les exosquelettes et des robots pour soulager logistiquement les hommes.

Les failles du modèle de santé US

Martin Ford consacrent plusieurs pages aux failles du système de santé aux Etats-Unis dont le fonctionnement est déficient et qui génèrent des prix délirants sur une majorité de prestations. Parmi les facteurs les plus sensibles :

  • Les prix sont largement gonflés C’est lié aux compagnies d’assurance qui négocient pour leurs adhérents des réductions de 40 à 60%.
  • Comme l’avait montré Arrow en 1963, le marché des soins est particulier car le client paiera toujours au final.
  • D’après le National Institute for Health Management en 2012  1% des malades représentaient 20% des coûts totaux aux US. 5% des malades engendrent 50% des dépenses. Ces personnes lourdement malades ne sont pas en mesure de négocier ou refuser les coûts : elle sont obligées de se soigner pour survivre.

Sur le papier la technologie devrait avoir un effet déflationiste (travail assisté par des machines, scanner moins cher à analyser, tâches de routines automatisées…). Dans les faits c’est l’inverse car on investit surtout des technologies pour facturer plus cher au final que pour réduire les coûts. Les éventuels gains de productivité ne sont pas passés aux patients.

A part certains secteurs (pharmacie, radiologie, logistique) pour l’instant le reste c’est de la prospective il n’y aura aucun impact sérieux sur l’emploi. Le principal défi c’est de réformer le système de santé pour diminuer ses coûts dans un contexte déflationniste pour l’emploi.

Chapitre 7 – Les technologies et l’industrie du futur

La théorie économique classique (confirmée par l’histoire) nous dit que la technologie détruit des emplois mais créé des nouveaux métiers impossibles à concevoir à l’avance. Exemple : la voiture a remplacé les carrioles mais on a créé les garages, les assurances, la formule 1 …

Le problème c’est que toutes les nouvelles industries intègrent organiquement les apports des technologies digitales et tournent donc avec très peu d’employés.

On va donc voir disparaitre des industries fortement pourvoyeuses d’emploi pour assister à l’émergence de nouvelles qui embaucheront très peu (essentiellement des salariés très qualifiés).

Ford prend alors l’exemple de deux industries émergentes

L’impression 3D

On parle aussi d’impression additive : au lieu de produire des objets ou des pièces par extrusion (on part d’un bloc que l’on va tailler, percer, découper) on procède par impression successive de couche de matière.

Initialement on imprimait uniquement du plastique mais aujourd’hui on sait imprimer des composites, du métal et même du tissu vivant (voir Organovo). Certains imaginent imprimer de la nourriture et même des maisons avec une imprimantes géante.

Si les promesses de cette technologie se concrétisent, alors on peut imaginer un monde où chacun aura son imprimante 3D personnels et imprimera ce dont il a besoin en téléchargeant les plans sur Internet.

Dans ce scénario, les seules à tirer une valeur ajouté de la production seraient les designer et les quelques fabricants qui distribueront machines et consommables. On se retrouverait alors avec une situation à la Internet : beaucoup de chose gratuites / pas cher mais peu d’opportunités de gagner sa vie mis à part quelques individus.

Il y aurait beaucoup moins d’usines et donc beaucoup moins d’ouvriers.

Cette vision laisse Ford septique. Certes, l’impression 3D permet une large personnalisation mais au prix des économies d’échelles que permet la production industrielle.

C’est en fait au niveau industriel même que l’impact sera grand. L’aéronautique a déjà largement intégré cette technologie pour produire des pièces plus légères.

Les voitures autonomes

In fine la voiture devrait devenir un service de transport à la demande et non plus un bien que l’on achète (et qui reste immobilisé 90% du temps).

Un frein à ça : les fabricants qui devraient freiner des 4 fers pour garder un conducteur derrière le volant.

Si jamais ce modèle s’impose c’est tout l’écosystème automobile qui vacillerait : les concessionaires, les garagistes, les assureurs, les pompistes … Sans compter ceux qui conduisent professionellement : taxis, routiers, chauffeurs, livreurs …

Chapitre 8 – Le manque de consommateur : une limite à la croissance et un facteur de crise ?

Vers une baisse durable de la demande

Un travailleur est aussi un consommateur, il participe donc à la demande générale de l’économie.

Cette demande est importante car il y a de nombreux besoins individuels à satisfaire : un riche achète peut-être 15 voitures mais pas 2000.

Aussi, au regard des statistiques citées plus haut relatives à la stagnation des classes pauvres et moyennes, on devrait observer une baisse de la demande.

Voilà ce que l’on observe dans les statistiques économiques.

La part des ménages riches dans la consommation américaine augmente :

  • En 1992, les 5% des ménages US les plus riches représentaient 27% de la consommation privée. En 2012, c’est 38%
  • Dans le même temps les 80% des ménages les moins riches sont passés de 47% à 39% de la consommation privée.

C’est problématique car les pauvres dépensent l’essentiel de leur revenu tandis que les riches épargnes. Pourtant entre 1972 et 2007 la part du revenu disponible dépensé est passée de 85% à 93%.

L’explication serait l’endettement croissant des ménages. En 2014 Cynamon et Fazzari établissaient que la consommation avait pu continuer à progresser grâce à l’endettement croissant des 95% d’américains les plus pauvres.

La reprise aux US a été le fait uniquement de la croissance de la consommation des plus riches, la consommation des 95% de la population US les plus pauvre est toujours à son niveau de 2008.

La théorie de Ford est que le manque de demande lié à la hausse des inégalités a été retardé par la dette. La crise a mis un coup d’arrêt à ce scénario et il est probable que la consommation soit faible à l’avenir.

Les profits des entreprises ont récupéré mais uniquement grâce à la baisse des coûts salariaux pas une hausse du chiffre d’affaires.

Des conséquences sur la croissance

Les inégalités obèrent-elles la croissance ?

Les économistes ne sont pas du tout d’accord entre eux. Les progressistes comme Stiglitz ou Solow estiment que les inégalités obèrent la demande et donc la croissance. Krugman, pourtant du même bord est plus circonspect.

Si on achète la théorie du manque de demande alors les arguments ci-dessus sont inquiétants.

De plus en 2011, Berg & Ostry du FMI ont établi une corrélation entre inégalité et plus faible croissance économique. Plus exactement ils mettaient en lumière que les périodes de croissance étaient plus courtes dans les sociétés inégalitaires ce qui réduit mathématiquement la croissance à long-terme de l’économie.

Du côté des économistes conservateurs, on estime que les causes d’une croissance en berne sont à chercher du côté d’une crise de confiance qui freine les investissements.

Pour Ford enfin, certains mécanismes économiques empêchent les statistiques de refléter la mesure de la révolution technologique à l’œuvre.

Ainsi la productivité devrait exploser à mesure que l’automatisation avance. Or ce n’est pas le cas. Mais Ford rappelle que la productivité rapporte les heures travaillées à la production réelle et pas la production potentielle. Or il y a un évident problème de demande.

De même, les perspectives moroses pour la demande peuvent retarder l’investissement des entreprises.

La robotisation a un effet déflationniste

L’automatisation aura un effet négatif sur les emplois et les salaires mais parallèlement fera baisser les prix (effet déflationniste).

Suivant le bord économique sur lequel on se situe la déflation est vu comme un mal absolu ou un mal nécessaire.

Ford, manifestement orthodoxe rappelle le schéma économique classique :

  • La déflation décourage la consommation car on attend toujours plus une baisse des prix
  • Dans les faits il est difficile de baisser les salaires, il est beaucoup plus simple de licencier
  • Déflation rend la dette beaucoup plus dur à rembourser. Or nos sociétés étant fortement endetté, un risque accru de défaut sur la dette pourrait déclencher une période de tourmente financière.

Enfin Ford a un dernier contre-argument contre l’effet déflationniste. Certes l’automatisation fera baisser les prix, mais sans emploi une personne n’a pas de revenue donc que les prix soient bas ou très bas ne change rien. De plus certains gros postes du budget (logement, terrain, assurance santé) ne sont pas concernés directement par la baisse des prix.

N’y a-t-il pas des tendances contraires ?

Le papy-boom devrait selon certaines sources engendrer des pénuries sur certains métiers. Ford regarde la situation au Japon qui est beaucoup plus avancé dans sa transition démographique.

Il n’y a pas de pénurie et les salaires n’augmentent pas.

En Janvier 2014, le chômage des jeunes dans 2 des pays d’Europe les plus vieillissant (Italie et Espagne) était à des niveaux records.

Enfin les retraités ne peuvent consommer que si ils disposent de revenus.Or des études montrent que 50% des foyers américains entre 65 et 69 an ont moins de 5000$ d’épargne retraite (Poterba MIT 2014).

Ce n’est pas assez fort pour contrecarrer la robotisation. C’est juste suffisant pour déclencher une dynamique positive sur certains métiers comme l’aide à la personne.

Est-ce que la demande des émergents pourra compenser ? Les Chinois vont très rapidement devoir traiter la question de leurs retraités. Le taux d’épargne en Chine approche les 40% probablement car il n’existe pas de sécurité sociale pour la retraite.

Or une population qui épargne ne consomme pas. La croissance de la Chine c’est essentiellement des infrastructures et des exportations. La Chine doit rebalancer son économie vers plus de consommation (à des niveaux comparables en Occident).

Chapitre 9

Ford évoque l’apparition d’une intelligence artificielle générale qui par définition peut effectuer toutes les tâches intellectuelles des humains. Dans ce contexte logiquement, il n’y a plus du tout de travail

J’ai pris peu de notes car le propos de Ford est très général et je lis en parallèle d’autres livres sur le sujet.

Chapitre 10

Ford préconise la mise en place du revenu universel comme solution. Encore une fois je n’ai quasiment pas pris de note.

Son propos est assez centré sur la situation aux Etats-Unis.

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